Bio, naturel, clean : trois mots qui ne veulent pas dire la même chose

Trois mots, sur trois étagères du même magasin. Un seul est contrôlé par un tiers.

Ce que dit le droit européen, et ce qu'il ne dit pas

Deux textes régissent tout cosmétique vendu en France et en Europe. Le règlement (UE) n° 1223/2009 fixe ce qu'est un cosmétique, ses exigences de sécurité, son étiquetage. Le règlement (UE) n° 655/2013 fixe les critères qu'une allégation doit remplir pour être utilisée — véracité, preuve, honnêteté, équité, choix éclairé. Aucun des deux ne définit, n'encadre ou ne mentionne « bio », « naturel » ou « clean ». Ce silence n'est pas un oubli : ces trois mots sont nés dans le commerce, pas dans un texte de loi, et la loi ne les a jamais rattrapés.

Pourquoi il n'y a pas de « bio » réglementaire en cosmétique

La confusion est compréhensible, parce qu'elle existe ailleurs : l'alimentaire dispose, lui, d'un règlement européen dédié à la production et à l'étiquetage biologiques, le règlement (UE) n° 2018/848, avec un logo officiel et un cahier des charges opposable. Rien d'équivalent n'existe pour la cosmétique. Un fabricant peut donc écrire « bio » sur un flacon sans qu'aucun texte européen ne le lui interdise ni ne le lui impose — la seule chose qui l'engage, à ce stade, c'est le règlement 655/2013 : l'allégation doit rester véridique et prouvable, sous peine de retrait ou de sanction, mais rien ne définit a priori ce que « bio » doit signifier.

Ce que les référentiels privés apportent

C'est là que les labels privés — COSMOS, Ecocert, NATRUE, Cosmébio — prennent le relais. Chacun publie un cahier des charges consultable, fixe une part minimale d'ingrédients issus de l'agriculture biologique, interdit certaines familles de substances, et fait auditer chaque année les sites de fabrication par un organisme de certification indépendant. Ce n'est pas la loi qui l'impose : c'est un engagement contractuel et commercial, que la marque choisit de prendre — et qui se vérifie, numéro de certificat à l'appui, sur les bases publiques de ces organismes.

Le mot « naturel » suit un chemin voisin mais distinct : une norme technique volontaire, l'ISO 16128, fournit une méthode de calcul de la part d'ingrédients naturels ou biologiques d'une formule, mais elle ne délivre aucun label et n'autorise aucun logo « bio » — elle outille un calcul, elle ne certifie rien.

« Clean », lui, ne s'appuie sur rien de tout cela. Aucun texte, aucun organisme, aucun contrôle indépendant.

Les allégations interdites, et pourquoi

Le règlement 655/2013 rend fragiles des mentions qui semblent pourtant anodines. « Sans paraben » ou « sans phtalates » dénigrent des substances autorisées par ailleurs — l'allégation « sans » ne peut porter que sur un ingrédient dont l'absence apporte un bénéfice démontré, pas sur un épouvantail commercial. « Bio », « certifié », les logos COSMOS ou NATRUE : aucune mention de ce type n'est admissible sans un numéro de certificat vérifiable auprès de l'organisme qui l'a délivré.

En cas de manquement, la DGCCRF et l'ANSM peuvent intervenir : le plus souvent en invitant au retrait de l'allégation contestée, et, en cas d'intention trompeuse avérée, jusqu'à des mesures administratives ou un procès-verbal. C'est une distinction qu'il faut garder en tête : un organisme certificateur privé retire un label ; l'État, lui, sanctionne au sens du droit. Les deux existent, ils ne se confondent pas.

Quoi regarder sur un emballage

Trois réflexes suffisent la plupart du temps.

  • Chercher un numéro de certificat, pas seulement un logo — un logo se copie, un numéro se vérifie sur le site de l'organisme.
  • Se méfier d'un mot seul, sans preuve à côté : « naturel » et « clean » ne sont pas des certifications, ils ne coûtent rien à écrire.
  • Retenir qu'aucun des trois statuts — bio, naturel ou clean — ne dit quoi que ce soit sur l'efficacité d'un produit : ils décrivent une origine ou un contrôle, jamais un résultat sur la peau.

Et nous, comment nous choisissons

Nous n'affichons aucune de ces trois mentions sur nos fiches sans pouvoir la justifier. Quand une référence porte une certification, nous en donnons le numéro. Quand elle n'en porte pas, nous ne compensons pas par un mot rassurant.

Découvrez comment nous sélectionnons nos produits.

Sources

  • Règlement (UE) n° 1223/2009 relatif aux produits cosmétiques, article 2.
  • Règlement (UE) n° 655/2013 établissant les critères communs auxquels les allégations relatives aux produits cosmétiques doivent répondre ; critère d'équité, dont la clause anti-dénigrement. DGCCRF, fiche pratique « allégations sans », consulté le 9 août 2026.
  • Règlement (UE) n° 2018/848 relatif à la production biologique et à l'étiquetage des produits biologiques, article 2 §1 — champ d'application lu dans le corps du texte : aucune mention de la cosmétique. EUR-Lex, texte intégral CELEX:32018R0848, consulté le 9 août 2026.
  • AFNOR sur la norme ISO 16128 : « La norme ISO 16128 aujourd'hui publiée est un document d'application volontaire » ; « Appliquer la norme volontaire ISO 16128 ne permet pas à un fabricant d'apposer l'appellation ou le logo "bio" ». normalisation.afnor.org, consulté le 9 août 2026.